Interview de Aboo TOORAWA, expert- comptable associé chez BDO Île Maurice

Interview de Aboo TOORAWA, expert- comptable associé chez BDO Île Maurice

Interview de Aboo TOORAWA, expert-

comptable associé chez BDO Île Maurice

Du soleil de l’Île Maurice aux cabinets parisiens, Aboo TOORAWA a construit un beau parcours, guidé par la rigueur et la persévérance. Ancien étudiant de l’ENC Bessières, aujourd’hui expert-comptable associé chez BDO à l’Île Maurice, il pilote des équipes tournées vers l’internationale et accompagne son réseau dans 17 pays. Entre défis technologiques, management et souvenirs d’étudiant expatrié, il revient avec sincérité sur son parcours et livre ses conseils aux futurs experts-comptables.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je m’appelle Aboo TOORAWA et je suis aujourd’hui expert-comptable associé chez BDO à l’Île Maurice.

Mon parcours commence sur le plan académique avec un baccalauréat technologique obtenu au lycée de Mascaraigne, à l’Île Maurice. À l’origine, je me destinais pourtant à une tout autre voie car je voulais devenir ingénieur informatique. Très vite, j’ai compris que ce serait compliqué. J’ai donc réorienté mon parcours vers un bac technologique STG, l’ancien STMG.

C’est là que j’ai découvert la comptabilité. Comprendre les comptes, analyser l’évolution d’une entreprise, lire les chiffres… J’ai donc décidé de poursuivre des études en comptabilité en France et j’ai intégré l’ENC Bessières pour préparer le DCG, puis le DSCG.

Très rapidement, j’ai été orienté vers le CFA Bessières afin d’effectuer mon cursus en alternance. J’ai pu acquérir des connaissances théoriques tout en les appliquant immédiatement en entreprise. Pendant mon apprentissage, j’ai débuté chez un concessionnaire Xerox, où j’ai appris les fondamentaux du métier. J’ai ensuite rejoint un cabinet plus petit, ce qui m’a permis de toucher à tout (social, juridique, fiscalité, audit, comptabilité…)

J’ai poursuivi jusqu’au diplôme d’expertise comptable. Aujourd’hui, je suis inscrit à l’Ordre de Paris et de l’Île-de-la-Réunion.

En 2014, j’ai rejoint BDO à Paris, animé par la volonté d’intégrer une structure de plus grande envergure et mieux organisée. J’y ai rapidement progressé. En 2018, avec l’arrivée de mon deuxième enfant et le désir de retourner sur mon île, ma famille et moi avons décidé de rentrer à Maurice. Je suis depuis devenu associé et j’interviens aujourd’hui auprès de 17 pays, aussi bien anglophones que francophones.

Aujourd’hui, nous sommes près de 1 000 chez BDO à l’Île Maurice.

En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?

En tant qu’expert-comptable associé, mon rôle dépasse largement la tenue des comptes. Bien sûr, nous assurons la conformité des comptabilités avec les normes et législations propres à chaque pays, et nous garantissons la fiabilité et la sécurité des informations transmises. Mais pour moi, l’expert-comptable est aussi un pédagogue : il écoute, comprend le modèle économique de ses clients et les aide à donner du sens aux chiffres. Les données comptables ne sont pas de simples résultats ; elles reflètent une activité, une stratégie, des décisions.

Aujourd’hui, mon métier consiste surtout à piloter le cabinet : établir les prévisions budgétaires, définir les plans de ressources, gérer l’infrastructure, développer de nouvelles activités, et entretenir des relations solides avec nos partenaires ainsi qu’avec les autorités régulatrices.

Mon rôle est également d’accompagner les dirigeants dans leurs choix d’investissement et dans le pilotage global de leur entreprise, que ce soit en relation directe ou via des dispositifs d’externalisation.

Cette année, je lance également une activité régionale pour aider les entreprises à circuler plus facilement et à accéder au marché des îles de l’océan Indien. L’objectif est de créer un véritable pont économique régional et de soutenir les organisations dans leur croissance au sein de cette zone dynamique.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Ce métier exige de la rigueur, un sens aigu de l’analyse, mais aussi une réelle capacité d’écoute. Les chiffres ne sont jamais isolés : ils sont le reflet d’une activité humaine. Pour les interpréter correctement, il faut savoir écouter, poser les bonnes questions et retranscrire fidèlement la réalité économique qu’ils expriment.

L’expert-comptable doit également être capable de présenter les chiffres de manière claire, structurée et fiable, afin de rendre l’information accessible et utile pour la prise de décision.

Quels sont les principaux challenges de votre métier ?

Le premier défi est technologique, mais c’est aussi une formidable opportunité pour notre métier. Les outils évoluent à une vitesse impressionnante. Il y a encore cinq ans, saisir une facture prenait près d’une minute et demie ; aujourd’hui, ce processus est presque entièrement automatisé en quelques secondes. Tout le volet transactionnel disparaît progressivement, laissant davantage de place à l’analyse et aux missions à forte valeur ajoutée, qui constituent la partie la plus intéressante de notre profession. La comptabilité est désormais tenue en temps réel, et les clients attendent des chiffres actualisés en permanence. Cela nous oblige à intégrer de nouvelles technologies, à transformer nos pratiques et à rester continuellement à jour pour répondre à ces nouvelles attentes.

Le second défi concerne les ressources humaines. Les nouvelles générations évoluent et changent de poste plus rapidement qu’auparavant, ce qui rend la fidélisation plus complexe. Pourtant, nos clients attendent au contraire de la continuité et de la stabilité. Cela nous oblige à organiser efficacement la transmission des compétences et à adapter notre approche managériale pour répondre à ces attentes.

Pourquoi avoir choisi l’ENC Bessières ?

Je souhaitais intégrer une école spécialisée dans les études tertiaires plutôt qu’un lycée. L’ENC Bessières était mon premier choix, notamment pour sa réputation.

La qualité des enseignants a été un véritable atout. Ils étaient à l’écoute et pédagogues. C’est d’ailleurs un professeur, voyant mes résultats baisser, qui est venu me demander ce qui n’allait pas. Le soir et le week-end, je travaillais chez KFC pour financer mes études. C’est comme ça qu’il m’a orienté vers l’apprentissage. Ce conseil a changé mon parcours et je ne le remercierai jamais assez pour ça.

Grâce au CFA, je suis sorti à 23 ans avec un niveau master et quatre années d’expérience professionnelle. Aujourd’hui, à 35 ans, j’ai un bac +8 et plus de quinze ans d’expérience. C’est un avantage considérable.

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants ?

Ne pas abandonner. Le parcours est long. Au minimum huit ans jusqu’au DEC, et tout le monde ne va pas jusqu’au bout. Dans ma promotion, nous étions une trentaine au départ, mais qu’une dizaine à obtenir le diplôme d’expertise comptable. Il faut de la patience, de la rigueur et de la persévérance. L’alternance est une excellente voie. Même si elle demande des sacrifices, elle offre une expérience professionnelle précieuse.

Si l’on a la volonté d’aller au bout, cela en vaut vraiment la peine.

Avez-vous une anecdote marquante de vos années étudiantes ?

Je viens de l’Île Maurice, où il fait soleil toute l’année. Lors de ma première semaine au CFA, en décembre 2009, j’ai vu la neige pour la première fois de ma vie. En sortant du bâtiment, mal équipé, j’ai glissé immédiatement. Mes camarades ont bien ri en me voyant. Nous en parlons encore aujourd’hui.

Je me souviens aussi d’un après-midi où toute ma classe est venue dans mon studio de 17 m² à Saint-Ouen. C’était serré, mais c’était la jeunesse. Ces moments restent précieux.

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